THAON-LES-VOSGES PAR CHRISTIAN ET FRANCETTE
PARU EN OCTOBRE 2003
Une petite ville comme beaucoup d'autres, début des années 50
Le « village nègre » est à la fois un lieu et une époque. Quelle bénéfique coïncidence!
Lieu privilégié, sa situation l’abrite. Une seule route et un chemin en crasse le relient aux autres quartiers de la ville. On est chez soi. Quiconque y entre est aussitôt épié, évalué, accueilli parfois avec méfiance avant d’y être admis.Époque privilégiée, c’est le début des années 5O. La BTT est en plein essor, chacun y trouve du travail. C’est encore le baby-boom, les naissances sont nombreuses et le quartier s’enrichit de sa jeunesse.
Le « village nègre », subit les influences externes. La protection bienveillante des autorités de la BTT est grande. Les traditions catholiques sont fortes. Si nécessaire, le « village nègre » se retire, se resserre, se rassure. Pas de voiture, pas encore de télévision, à peine quelques postes de radio, alors les enfants occupent la rue, la défendent, la prêtent, en font leur terrain d’aventure avec la complaisance des adultes. Le « village nègre » appartient aux enfants. On y partage ses joies, ses peines, on cache avec difficulté ses envies, ses jalousies. Ce sont les premiers romans de l’amitié. Les quartiers alentour observent. On élabore des stratégies pour repousser les envieux et les possibles rivaux au delà des frontières. Ce n’est pas la guerre des boutons, mais on se méfie. Cinq garçons et cinq filles du même âge organisent leur communauté. Les relations dominent. Les émotions sont fortes. Les conflits sont fréquents mais toujours de courte durée.
Au « village nègre », on y dégote les cricris, accroupiot dans les genets, on y voit le « sépi » vendre ses baûgeottes et on y rencontre le « bec de poule », des creuchottes plein la poche. Le « village nègre » fleurira jusque tard dans l’adolescence. Adulte, il deviendra anonyme.
"le défilé" par David Orban
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